8 - Le trousseau de Laurence

8 - Le trousseau de Laurence Clerc

En 1755, Laurence a maintenant 20 ans. 

Comment a-t-elle vécu sa jeunesse ? a-t-elle été délaissée par son père, témoin de tous ces deuils et élevée par ses belles-mères ? ou bien choyée et gâtée par son père Maurice Clerc comme première fille et la seule ayant survécu des 12 enfants nés avant sa petite dernière encore fragile ?



Quoiqu'il en soit le contrat dotal de son mariage organisé avec Eusèbe Perret, maréchal ferrant à Aigueblanche, démontre d'une certaine aisance par la constitution de son trousseau. 


Les descriptifs correspondent à la mode du XVIIIe siècle en Savoie par les tissus et les couleurs utilisées :


   (source et complément : www.maurienne-genealogie.org/costume.htm )


L’an mille sept-cent-cinquante-cinq et le dix-septième du mois de mai avant midi dans la maison du constituant située au village de l’église paroissiale de Pussy, il est ainsi que mariage prétendu s’accomplir en face de notre mère l’Eglise entre Eusèbe fils de feu Jean Jacques Perret natif et habitant la paroisse d’Aigueblanche et Laurence fille de discret Maurice à feu François Clerc tous deux natifs de la ville de Moutiers habitant cette paroisse et que faisant l’usage de cette province chacun constitue au mari une dot conforme à ses facultés. 

A ces fins, par devant moi notaire royal bourgeois de Moutiers soussigné, en présence des témoins dénommés s’est personnellement établis et constitués le dit discret Maurice Clerc et de son autorité et consentement exprès la dite Laurence Clerc sa fille, future épouse, lesquels de leur gré constituent pour la dot et mariage au dit Eusèbe Perret futur époux et beau-fils ici présent et acceptant pour lui et les siens en premier lieu les mêmes biens […] qui furent constitués au dit Maurice Clerc par la Nicolarde Grogniet sa femme feu mère de l’épouse par acte du douze mai année mille sept cent trente quatre… et pour son trousseau constitue au dit futur beau-fils les meubles suivants :

premièrement

un corps (haut de la robe) de drap rouge neuf avec son jupon de satin en laine bonne valeur,
un corps avec sa jupe de drap couleur cannelle mi-fin même valeur,
un corps avec sa pièce d’étamine médiocre valeur,
un corps couvert  de damas vert même valeur,
un corps avec sa jupe de droguet brun commune valeur,
un autre corps de droguet bleu avec sa jupe de camelot rayé même couleur et valeur,
une jupe de droguet brun bonne valeur avec son corps peu de valeur,
un autre corps couleur cannelle,
une chemisette de drap du pays et deux jupes de toile médiocre valeur,

plus une croix d’argent à brillant de la valeur de sept livres, (qui lui provient de sa mère)

trois mouchoirs (châles) de soie neufs, six d’indienne dont quatre sont neufs et les autres médiocre valeur,
quatre de mousseline même valeur,
plus dix-neuf coiffes rondes de toile de Cambrai avec leurs dentelles 

neuf coiffes de toile de ritte aussi rondes avec leurs dentelles,
plus trente-six coiffes à grands bouts partie de toile de mousseline partie de Cambrai avec des dentelles,
plus vingt-huit autres coiffes à  grands bouts de toile battue, 
un tiers de toutes les coiffes se trouvent neuves, un tiers de bonne valeur et le reste de médiocre valeur,

plus vingt-neuf chemises bonne valeur et neuf de commune valeur,
plus quatorze tabliers de ritte, six neufs et les autres de médiocre valeur, 
un tablier de toile de Rouen même valeur,
cinq tabliers d’indienne bonne valeur,

six draps  de toile commune neufs,

trois paires de bas neufs, une paire de souliers neufs et une paire de commune valeur,

finalement un coffre de sapin avec ses ferrures et serrures même valeur.


Peinture : Estella Canzioni


Tissu d'indienne : 

Au XVIème, les tissus en coton ne sont pas connus en Europe, les tissus utilisés à l’époque sont le chanvre, le lin, la laine pour les populations pauvres, la soie, et le velours pour les plus riches. Le coton venu des Indes est une totale nouveauté et les motifs de fleurs obtenus par impression au modèle de bois sur ce tissu léger ne ressemblent en rien à ce qui se fait en ce temps.
Ces cotonnades imprimées se répandent très vite dans la région d’abord, puis dans toute la France... 

Source : remember-provence.com


Des débuts contrariés : la prohibition 1686-1759


L’ampleur de la vogue des cotonnades indiennes crée un marché prometteur que les Compagnie des Indes ne parviennent plus à satisfaire. La tentation est grande de contrefaire en Europe les cotonnades aux riches décors. Dans les années 1640, des marchands arméniens introduisent à Marseille les techniques indiennes : c’est le point de départ de l’impression européenne. Bientôt, l’Angleterre (v.1670) et les Pays-Bas (1678) installent leurs premières manufactures. En France, l’essor est vite brisé. Le succès des premiers indienneurs les met en concurrence trop directe avec les lainiers et les soyeux qui protestent vigoureusement. Pour protéger ces activités bien implantées et fortement exportatrices, le pouvoir royal ordonne en 1686 l’interdiction d’importation, fabrication et usage des toiles imprimées ou peintes.

Malgré les sanctions-amendes, emprisonnement, bannissement, la mode des indiennes ne cesse de croître. Face à une telle résistance, les mesures s’assouplissent peu à peu. En 1759, l’indiennage redevient libre dans le royaume de France. De multiples foyers surgissent alors un peu partout, entre cinq pôles majeurs de production : Nantes, Paris, Marseille, Lyon, Rouen. Mulhouse, cité indépendante jusqu’en 1798, pratique l’indiennage depuis 1746. L’Europe toute entière s’est alors lancée dans l’aventure. La Suisse, l’Angleterre, les Pays-Bas sont les foyers majeurs d’un marché en pleine expansion.

Source : Musée de l'impression sur étoffes de Mulhouse - www.musee-impression.com/etoffes-imprimees-au-xviiieme-siecle/

Camelot : 

Au XVIIe siècle le camelot n'est plus un tissu à base de différentes laines dont l'origine vient du mot chameau. A cette époque Venise, Florence, Milan exportent des étoffes à base de soie vers la France où elles étaient teintes en rouge, cramoisie, ou violet et désignées sous le vocable camelot. En fait, ce nom était faussement attribué à des taffetas et autres étoffes précieuses, déguisées sous un nom d'emprunt afin de faciliter leur introduction frauduleuse en France.
Des tissus de camelot de mauvaise qualité ont donné naissance au mot camelote

Source : degillestissus.blogspot.com/2014/01/camelot-un-tissu-une-histoire.html 


Ritte :
Toile commune de chanvre du Dauphiné, de différentes qualités selon que l'ensemble est de chanvre, ou par moitié chanvre et étoupe.



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